Qu'est-ce-que le marché à terme ?

Retrouvez sur cette page des informations sur les contrats à terme, les origines du marché, la couverture des risques (le "hedging"), le rôle des spéculateurs et les contrats à terme dans la pratique.

Les origines du marché (des contrats) à terme

Dans un système de marché concurrentiel, les vendeurs proposent de vendre leurs produits (prix "demandé" ou "de vente") et les acheteurs enchérissent pour les acheter (prix "acheteur"), et, grâce à leurs transactions sur le marché, ils déterminent le cours des marchandises. Le commerce des marchandises se déroule en général sur deux marchés associés : le marché au comptant et le marché des contrats à terme.

Le marché au comptant est soit un marché du disponible où la livraison physique de la marchandise en question est immédiate, soit un marché à terme où la livraison de la marchandise en question se déroule à une date ultérieure. Les marchés du disponible et à terme sont rassemblés sous l'appellation de marché "des marchandises livrables" car une livraison physique effective de la marchandise devra avoir lieu à un moment ou à un autre. Les contrats à terme furent créés pour répondre aux problèmes posés par des exigences spécifiques concernant les marchandises, par des fluctuations de cours rapides, et par des incertitudes quant à la qualité. En autorisant une livraison à terme à un prix et selon des conditions fixées d'avance, les deux ayants droit pouvaient s'assurer à l'avance que ces conditions seraient acceptables. Ils étaient donc en mesure de planifier leurs opérations de la manière la plus efficace.

Depuis très longtemps, et dans de nombreux domaines d'activité commerciale, vendeurs et acheteurs trouvent avantageux de passer des contrats à terme. Les pêcheurs de baleine néerlandais du 16ème siècle passaient des contrats de vente à terme avant de prendre la mer, en partie pour financer leur voyage et en partie pour obtenir un meilleur prix pour leur produit. En Angleterre, les importateurs de coton de Liverpool passaient des contrats à terme avec des exportateurs de coton des Etats-Unis. Avant 1850, aux Etats-Unis, les négociants de Boston n'étaient jamais sûrs de la date d'arrivée et de la qualité de la livraison. L'introduction de contrats "à la livraison" permit aux vendeurs d'obtenir un meilleur prix pour leur produit, et aux acheteurs d'éviter de prendre des risques de cours sérieux.

Ce type de commerce apparut pour les céréales, le café, le coton et les oléagineux dans d'autres centres, tels qu'Anvers, Brême, Le Havre, Alexandrie et Osaka, entre le 17ème et le milieu du 19ème siècles. Au fur et à mesure, les clauses de qualité et de délai de livraison des contrats "à la livraison" furent standardisées, en tenant compte des ajustements de qualité au cas où le produit livré serait de qualité différente. Cette évolution favorisa le développement du commerce, encourageant les négociants de marchandises physiques à faire plus d'échanges commerciaux, et provoquant aussi l'arrivée de spéculateurs, qui ne s'intéressaient pas à la marchandise elle-même mais à la fluctuation favorable de son cours pour faire des bénéfices.

Ce volume de commerce plus important réduisit le coût des transactions, et, par étapes, le commerce devint impersonnel. Pour essayer de faire face au risque de cours, les industriels, marchands et autres parties intéressées se rassemblèrent pour former des marchés où ils pouvaient commercialiser leurs produits et garantir les stocks toute l'année. Le but était de faire passer le risque de fluctuation des cours à des personnes acceptant de prendre ce risque. Les producteurs, distributeurs et utilisateurs finals des marchandises physiques prirent le nom d' "hedgers" et fournirent la justification économique de la création des marchés de contrats à terme. La montée des chambres de compensation dépersonnalisa complètement les relations entre vendeurs et acheteurs, donnant naissance à la forme actuelle du commerce par contrats à terme

Le premier marché de contrats à terme fut créé à Chicago durant les années 1860, quand le Chicago Board of Trade, l'une des bourses de commerce de Chicago fondée à l'origine comme un marché au comptant, commença à négocier les contrats à terme. Il existe maintenant de nombreux marchés de contrats à terme partout dans le monde.

Le marché des contrats à terme

Le marché des contrats à terme, (plus communément appelé marché à terme et également appelé bourse de marchandises) fait référence à un type de marché à livraison différée modifié afin de réduire les risques et accroître la flexibilité. Sur le marché des contrats à terme, un contrat standardisé est défini pour acheter ou pour vendre une quantité et une qualité spécifiques de telle ou telle marchandise pendant une période de livraison fixée (le mois de contrat). Le contrat spécifie, entre autres, les lieux de livraison et les révisions de prix devant être effectuées au cas où les spécifications du contrat ne seraient pas respectées. Si le contrat était maintenu jusqu'à la date de livraison, les parties impliquées seraient dans l'obligation de faire ou de recevoir la livraison.

Voici en exemple les spécifications du contrat à terme standardisé du soja, pratiqué au Chicago Board of Trade :

Taille du contrat: 5000 boisseaux (1 boisseau = 60 livres = 27.22 kg)
Fluctuation de cours minimum: ¼¢ par boisseau (équivaut à 12,50 $)
Mois de contrats traités: janv., mars, mai, juill., août, sept., nov.

Le fonctionnement du marché des contrats à terme requiert des marchandises de qualité uniformes afin que les transactions puissent se dérouler sans que l'acheteur n'ait à inspecter les marchandises lui-même. Ceci explique pourquoi il n'existe pas de marché de contrats à terme pour le tabac, par exemple, car la qualité de ce dernier est trop changeante. Il faut également un stock stable et régulier, auquel on réfère techniquement grâce au terme de "faible élasticité de l'offre", ce qui veut dire que la quantité de marchandises offertes sur le marché par les producteurs n'est pas trop atteinte par le prix qu'ils peuvent pratiquer pour sa vente. Si l'offre a pu être adaptée relativement vite aux changements de la demande, il y a moins de risques de fluctuations de cours à couvrir et la spéculation devient trop difficile parce que les prix exceptionnellement bas ou élevés, grâce auxquels les spéculateurs peuvent faire des bénéfices, sont éliminés dès que l'offre est adaptée.

Le contrôle monopolistique de l'offre et de la demande est également défavorable au fonctionnement d'un marché de contrats à terme parce que les cours sont dans une large mesure contrôlés par le monopoliste et ne risquent donc guère de fluctuer suffisamment pour offrir au spéculateur la chance de faire des bénéfices. Par exemple, il n'y a pas de marché pour les diamants car il n'existe qu'une coopérative commerciale.

Cette standardisation des contrats à terme les rend aisément négociables. À n'importe quel moment avant le dernier jour de commerce d'un contrat, on peut l'acheter et le vendre. Le vendeur d'un contrat à terme sur une bourse de marchandises n'a normalement pas l'intention de livrer la marchandise elle-même, pas plus que l'acheteur n'a l'intention d'accepter de livraison. Il est de fait que plus de 97% des contrats à terme ne sont pas livrés.

Avec tant d'acheteurs et de vendeurs se faisant concurrence librement, des coûts de transaction peu élevés et un commerce fréquent, le commerce par contrats à terme est un moyen très efficace de déterminer le niveau des cours d'une marchandise. Les cours déterminés selon ce processus ouvert et concurrentiel sont considérés comme des reflets exacts de l'offre et de la demande s'appliquant à une marchandise, et pour cette raison on les présente souvent comme les meilleures estimations d'aujourd'hui des cours qui s'appliqueront demain à une quantité standardisée de marchandise sur le marché au comptant.

Les marchés de contrats à terme offrent également aux producteurs, aux industriels et aux utilisateurs des marchandises, des instruments financiers de dettes et des marchés des devises, un moyen de faire passer les risques de cours, inhérents à leurs affaires, à des opérateurs qui acceptent de prendre ces risques. En d'autres mots, les utilisateurs commerciaux de ces marchés peuvent couvrir les risques, c'est à dire effectuer une transaction égale et contraire afin de réduire le risque de perte financière due à un changement de cours et, ce faisant, ils peuvent réduire les coûts de leurs opérations commerciales. Ceci produit un système de commercialisation plus efficace et réduit finalement les coûts pour le consommateur.

Les économistes sont généralement d'accord sur le fait que, dans une économie de marché concurrentielle, le marché d'un produit serait parfaitement concurrentiel si :

1. De nombreux vendeurs et acheteurs se rencontraient librement, et si personne ne contrôlait le marché individuellement ;
2. La marchandise était standardisée pour que tous connaissent les spécifications du produit commercialisé ;
3. Les vendeurs et les acheteurs pouvaient arriver sur le marché librement et avaient pleine connaissance de l'offre et de la demande disponibles pour leur produit.

Bien qu'aucun marché n'atteigne la perfection, les marchés des contrats à terme s'en rapprochent plus que tous les autres.

La couverture des risques (hedging)

a) Marchandises

Les marchés de contrats à terme de marchandises offrent aux producteurs, aux négociants et aux industriels des possibilités d'assurance contre le risque de fluctuation des cours. Dans le cas d'un commerçant, un changement de cours défavorable provoqué par des changements dans l'offre ou la demande modifie la valeur totale de ses engagements ; et plus la valeur de son stock est élevée plus le risque auquel il est exposé est grand. Le marché des contrats à terme offre au commerçant la possibilité de réduire les risques de stock courus par ses engagements sur le marché au comptant (où une réelle livraison physique de la marchandise devra être effectuée), c'est ce que l'on appelle la couverture des risques ou le "hedging".

Le processus de couverture des risques implique l'utilisation simultanée des marchés au comptant et des contrats à terme. Il existe deux catégories d'hedgers sur le marché des contrats à terme : on les nomme hedgers à découvert ou à couvert.

Les hedgers à découvert sont des négociants et des industriels qui acquièrent les stocks de la marchandise sur le marché du disponible et qui en vendent simultanément une quantité équivalente ou moindre sur le marché des contrats à terme. On dit de ces hedgers qu'ils sont à couvert dans leurs transactions sur le disponible et à découvert dans leurs transactions sur le terme.

Par exemple, un négociant en coton pourrait avoir un stock de coton invendu ou il pourrait l'avoir acheté en vue d'une livraison ultérieure. En maintenant les stocks à leur niveau, les négociants et les industriels peuvent faire leurs achats au moment le plus opportun et baisser les coûts de leurs transactions en réduisant leur nombre. Un autre avantage de ce procédé pour l'entreprise de traitement est qu'il permet de ne pas interrompre la production. Puisque le négociant possède la marchandise, il subirait une perte si les cours chutaient. Pour couvrir les risques, le commerçant vendrait une quantité équivalente de contrats à terme. De cette manière, si les cours chutent, la perte sur le marché au comptant sera au moins partiellement compensée par un bénéfice sur le contrat à terme. Quant le négociant vendra son stock à un prix du marché au comptant plus bas, il annulera automatiquement sa couverture en rachetant ses contrats à terme à un prix plus bas. Le bénéfice réalisé sur ses contrats à terme devrait être plus ou moins équivalent à sa perte sur le marché au comptant.

Les hedgers à couvert, à l'inverse, sont des négociants et des industriels qui se sont formellement engagés à livrer une quantité spécifique de matière première ou de produits finis à une date ultérieure et à un prix convenu, et qui ne possèdent pas à ce moment les stocks de matière première nécessaires à la tenue de leur engagement à terme.

Par exemple, le propriétaire d'une filature de coton qui veut vendre une certaine quantité d'étoffe à un client en vue d'une livraison plusieurs mois plus tard, mais qui ne possède pas assez de coton pour produire l'étoffe, pourrait couvrir les risques en achetant assez de contrats à terme pour assurer la livraison à terme de l'étoffe. Il obtiendrait ainsi un prix pour la matière première auquel les coûts d'exploitation et de production pourraient être ajoutés afin d'atteindre un prix de référence pour l'étoffe. Fixer un prix avant d'acheter le coton rendra le propriétaire vulnérable à une augmentation du cours, mais puisqu'il a acheté une quantité de contrats à terme équivalente à ses besoins il est quelque peu assuré qu'une augmentation des cours des contrats à terme amoindrirait les effets d'une augmentation du coût du coton disponible.

La question est de savoir dans quelles circonstances l'hedger à couvert préfère l'achat de contrats à terme à la possibilité d'acheter immédiatement la matière première sur les marchés du disponible ou à terme afin de remplir les obligations de sa vente à terme. Il pourrait préférer acheter des contrats à terme plutôt que d'acheter sur le marché au comptant (du disponible ou à terme) si les prix au comptant courants sont élevés en raison de leur rareté. Généralement, on assiste à une augmentation de la couverture des risques à couvert quand, alors que la saison avance, les cours du disponible augmentent, le maintien à niveau des stocks chute, et la nouvelle récolte n'est pas encore disponible.

b) Instruments Financiers

Pendant les années 1970, des taux de change fluctuants et des taux d'intérêt instables, engendrés par des politiques monétaire et budgétaire laxistes, nécessitèrent la création d'un moyen de transfert de risque pour les instruments financiers. Les valeurs des devises et les taux de change devinrent instables alors que les gouvernements du monde entier altéraient les masses monétaires. Les taux d'intérêt devinrent plus instables comme l'inflation érodait le pouvoir d'achat de l'argent dû aux créanciers - un rendement nominal plus élevé était nécessaire pour offrir le même rendement réel.

Les contrats à terme qui utilisaient des devises et des instruments financiers à taux fixe évoluèrent, permettant aux hedgers de transférer les risques de fluctuation des devises et des taux d'intérêt.

Au début des années 1980, alors que l'instabilité de la bourse des valeurs augmentait, on exploita les contrats à terme des indices de valeurs afin d'aider au transfert du risque de cours des valeurs. Les investisseurs institutionnels, aux portefeuilles d'investissement de valeurs considérables et variées, pouvaient dès lors couvrir le risque de changement de cours avec des indices boursiers qui reflétaient les tendances générales du marché.

c) Résumé

Bien que la couverture des risques soit une forme d'assurance, elle offre rarement une protection complète. L'assurance est basée sur le fait que les prix au comptant et à terme évoluent ensemble et sont en corrélation l'un avec l'autre. Cependant, l'écart entre le prix au comptant et le prix à terme n'est pas toujours le même. Les hedgers courent donc le risque que l'écart de prix, appelé la "base" ou la "prime", évolue en leur défaveur. Cette possibilité de mouvement défavorable de la référence est appelée le risque de prime (ou de base). Les hedgers, à travers leur engagement sur le marché des contrats à terme, substituent donc le risque de prime au risque de cours qu'ils auraient pris en ayant des stocks non couverts.

Il faut également considérer que la disponibilité des capitaux servant à financer le maintien des stocks à niveau dépend de la couverture ou non de ces stocks. La volonté des banquiers de les financer augmente avec la quantité de stock couverte. Par exemple, les banques peuvent choisir d'émettre des emprunts à hauteur de 50% seulement de la valeur des stocks non couverts, mais de 90% s'ils sont tous couverts. Cette différence s'explique par le fait que la couverture réduit le risque duquel dépendent le montant du prêt et le taux d'intérêt.

Les négociants et les industriels peuvent donc tirer les avantages suivants du commerce par contrats à terme :

- Ils peuvent s'assurer contre une chute du cours de leur produit ;
- Ils peuvent fixer le cours du livrable pour leur marchandise en vue d'une vente à terme ;
- Ils peuvent contracter des emprunts bancaires plus importants et moins chers.

Le rôle des spéculateurs

Quand les stocks d'une marchandise se révèlent plus importants que la demande ou le besoin courants, les cours ont tendance à baisser. Si les stocks se révèlent incapables de satisfaire la demande, les cours ont tendance à monter. Le défi auquel les acteurs du marché doivent répondre est l'évaluation des conditions de l'offre et de la demande du marché. Les spéculateurs jouent généralement un rôle essentiel dans le commerce par contrats à terme. Ils sont source de liquidité du marché, caractéristique d'un marché continuellement en activité.

Une grande part du commerce se fait "au prix du marché", c'est à dire au prix alors courant dans la corbeille. La corbeille est l'endroit de la bourse où les participants se rassemblent pour commercer des contrats à terme de marchandises spécifiques. Dans les corbeilles de la salle des marchés d'une bourse, des ordres (ou commandes) sont au contact d'enchères et d'offres qui se font concurrence. Sur des marchés animés, au niveau d'activité élevé, les ordres "en attente" sont nombreux. Ils sont détenus par un courtier pour le compte d'un client qui lui ordonne de vendre ou d'acheter à des prix supérieurs ou inférieurs aux prix courants du marché. L'interaction entre les acteurs du marché, ainsi que la mise en action des ordres en attente, font descendre ou monter les cours, et, associées aux taux d'intérêt fixés par le marché, modifieront le coût de maintien du stock de la marchandise sous-jacente. Les marchands et les industriels surveillent les changements de cours avec attention, recherchant les occasions de couverture de risques favorables. Le résultat de cette action est un marché viable et disponible.

Un spéculateur est un acheteur supplémentaire de marchandises agissant quand les prix du marché semblent être inférieurs à ce qu'ils devraient être. Les consommateurs considèrent que ceci va à l'encontre de leurs intérêts. A l'inverse, quand les prix paraissent trop élevés, un spéculateur devient un vendeur actif, ce qui a tendance à énerver les producteurs. Un point que l'on ne prend pas souvent en compte est le fait que peu de spéculateurs soient d'accord sur ce qui est trop bas ou trop élevé. Certains veulent vendre à un prix précis, d'autres veulent acheter à ce prix, et d'autres encore ne sont pas du tout intéressés. En général, il y a donc en permanence des acheteurs et des vendeurs volontaires sur le marché.

Les spéculateurs individuels ont tendance à négocier moins de contrats que les hedgers et à garder leurs positions sur le marché moins longtemps, ce qui fait que l'on peut avoir besoin de plusieurs d'entre eux pour contrebalancer un ordre de couverture important. Le nombre maximum de contrats qu'un seul spéculateur peut détenir est limité par les règles du marché.

On peut également classer les spéculateurs en deux catégories : à la hausse et à la baisse.

Les spéculateurs à la hausse sont ceux qui s'attendent à ce que le cours monte au-dessus du niveau courant, et prennent des risques en achetant des contrats à terme. Les spéculateurs à la baisse sont ceux qui s'attendent à ce que le cours chute et vendent donc des contrats à terme. Sur un marché de contrats à terme, le total des positions de vente à découvert, c'est à dire les hedgers à découvert et les spéculateurs à la baisse, et le total des positions de vente à couvert, c'est à dire les hedgers à couvert et les spéculateurs à la hausse, doivent toujours être égaux. Le moindre surplus de couverture de risques à découvert doit être équilibré par un surplus égal de spéculation à la hausse.

Les contrats à terme dans la pratique

Une fois que vous avez trouvé un courtier avec lequel vous êtes à l'aise et une fois que vous avez rempli les formulaires requis, vous êtes prêt à commercer. En remplissant les formulaires, vous vous rendrez compte de la nature instable du commerce des contrats à terme et des risques qu'il comporte, ainsi que des conditions de provision requises.

a) Les provisions

Quand un client établit une position, on lui demande de faire un dépôt de provision initial minimum afin d'assurer l'exécution de ses obligations. Dans le cadre de contrats à terme, une "provision" équivaut à une garantie de bonne exécution. Elle varie habituellement entre 5% et 10% de la valeur du contrat et est versée en toute bonne foi, pour indiquer la volonté de l'acheteur ou du vendeur de payer ou de livrer le montant total si le contrat n'est pas rempli avant la livraison.

Les provisions requises sont très basses, et permettent donc de couvrir des quantités plus ou moins importantes de marchandises avec une garantie de bonne exécution basse. Les hedgers qui traitent de grosses quantités seraient sévèrement désavantagés s'ils devaient faire un dépôt de provision équivalent à 100% de la valeur de la marchandise couverte. En fait, les hedgers se voient attribuer des conditions de provision moins élevées que celles des spéculateurs sur le marché des contrats à terme parce qu'ils possèdent des positions au comptant sous-jacentes qui peuvent être utilisées comme gage afin d'assurer les fonds risqués sur les marchés.

La petite part de capital nécessaire rend la spéculation sur les contrats à terme très attirante. Si la valeur totale du contrat devait être payée, le taux de bénéfices réalisés sur la plupart des marchandises serait extrêmement bas. La petite provision offre aux investisseurs un effet de levier suffisant pour produire un taux de bénéfices acceptable. Le revers de la médaille est que cela engendre également un risque considérable.

Les niveaux de provision sont fixés par les marchés de contrats à terme, mais les sociétés de courtage requièrent parfois des dépôts de provision plus élevés. En général, la provision initiale est suffisante pour couvrir les fluctuations de cours quotidiennes maximum, mais les conditions de provision requises peuvent changer si le marché devient plus instable. Quand l'argent des provisions chute au-dessous d'un niveau spécifié (niveau de provision de maintenance), des fonds supplémentaires doivent être déposés afin de rétablir le compte à son niveau de provision initial. On appelle ceci un appel de fonds pour la maintenance des provisions ou simplement un appel de marge (marge = provision). Le niveau de provision de maintenance varie selon la marchandise et le marché, mais équivaut généralement à 75% de la provision initiale.

Exemple

Vous vendez un contrat à terme de 40'000 livres de porc maigre à 60,800¢ la livre, avec un dépôt de provision initial de 1'000 $. Le cours monte par la suite à 61,450¢ la livre. Cette augmentation de 0,65¢ par livre, appliquée aux 40'000 livres, provoque une perte de 260 $. Cette perte amène le solde de votre compte à 740 $, ce qui est inférieur à 750 $ (75% de 1000 $). On vous demanderait donc à ce moment de déposer 260 $ pour amener le solde du compte à la marge à 1'000 $. Les soldes de provision sont réglés quotidiennement et sont calculés en utilisant le cours de clôture du jour.

b) L'ordre

Vous décidez maintenant que vous voulez passer un ordre (une commande). Il existe plusieurs types d'ordres, dont voici les plus communs :

• L'ORDRE AU MIEUX

Ce type d'ordre est utilisé pour vendre ou acheter au meilleur prix possible et le plus vite possible. Ce sont les premiers ordres exécutés à n'importe quel prix et ils sont utilisés pour arriver sur le marché ou pour en sortir rapidement, sans tenir compte du prix du marché courant. Par exemple, vous demandez à votre courtier : "Achetez 2 maïs septembre au prix du marché". Cet ordre doit être exécuté à n'importe quel prix. Les ordres au mieux sont utilisés quand la rapidité est l'élément le plus important dans l'exécution de l'ordre.

• L'ORDRE À COURS LIMITÉ

Ce type d'ordre est utilisé pour acheter ou vendre à un prix spécifié ou meilleur. Les ordres à cours limité ne deviennent jamais des ordres au mieux. Ils ne peuvent être exécutés qu'au prix spécifié ou à un meilleur prix. Pour les ordres à cours limité de vente, "meilleur" veut dire "plus élevé" ; pour les ordres à cours limité d'achat, "meilleur" veut dire "moins élevé". Par exemple, vous demandez à votre courtier : " Vendez 3 porc maigre août limité à 69¢ ". Cet ordre sera placé lorsque le prix du marché sera inférieur à 69¢ par livre, et ne peut être exécuté qu'à 69¢ ou plus.

• L'ORDRE D'ACHAT OU DE VENTE À SEUIL DE DÉCLENCHEMENT (ORDRE STOP)

Ce type d'ordre est généralement utilisé pour fermer des positions existantes ; et sert en fait d'appareil d' "arrêt des pertes". Quand un ordre est passé d'ouvrir une position, un ordre d'achat ou de vente à seuil de déclenchement est donné en même temps. Par exemple, vous ordonnez : " achetez 1 porc maigre août, avec déclenchement à 68,550¢ ". Des "déclenchements d'achat" sont placés au-dessus du prix du marché courant, et des "déclenchements de vente" sont placés au-dessous du prix du marché courant. Si le prix du marché est à ce moment 69¢ la livre, l'ordre d'achat à seuil de déclenchement vous permet de limiter vos pertes à la différence entre 69¢ et 68,55¢ par livre. Dans la pratique, le cours d'exécution des ordres stop est presque toujours défavorable aux opérateurs et en conséquence la perte est plus importante que prévue.

Sauf indication contraire, tous les ordres sont des ordres quotidiens et sont annulés à la fin de l'exercice journalier s'ils n'ont pas été exécutés. On peut prolonger l'ordre en le désignant "à révocation", "valide pour une semaine" ou "valide pour un mois". Le délai peut également être limité par l'utilisation d'un ordre "à exécuter immédiatement ou à annuler" ou d'un ordre "à tout prix". Ces ordres sont offerts en salle des marchés (la corbeille) une fois, et annulés s'ils ne sont pas exécutés.

c) L'exécution

La confirmation de l'ordre arrive quelques minutes après qu'il aura été placé. Mais que se passe-t-il entre-temps ?

Vous décidez d'effectuer une transaction. Vous appelez votre courtier, qui remplit le bordereau des ordres contenant toutes les informations nécessaires, puis y tamponne l'heure. Il appelle ensuite le responsable des ordres de son entreprise dans la salle des transactions. Celui-ci écrit l'ordre sur un bon, y tamponne l'heure et la donne à un coursier qui l'emporte à la corbeille pour le donner au courtier de la corbeille. Ce dernier exécute alors l'ordre à la criée, et note son exécution sur le bon. Le coursier rapporte immédiatement l'ordre exécuté au bureau des ordres, où l'on tamponne l'heure d'exécution et l'on appelle votre courtier. Celui-ci tamponne à nouveau l'heure sur la commande et vous appelle pour confirmer la transaction.

Ce processus peut se dérouler si rapidement que le courtier garde parfois son client en ligne pendant que l'ordre est exécuté. Mais sur un marché en mouvement rapide et constant, le client peut parfois attendre jusqu'à trois heures pour que l'exécution soit confirmée.

Il existe des marchés de contrats à terme partout dans le monde : en Afrique, Asie, Australie, Europe, Amérique du Nord et Amérique du Sud. Ils se sont développés et sont devenus importants pour les hedgers en marchandises car des stocks considérables doivent être entreposés pour subvenir aux besoins de consommation de la saison entière ; et pour les hedgers en instruments financiers car les investisseurs aux portefeuilles d'investissement considérables et très variés peuvent couvrir les risques de fluctuations du cours des devises, des taux d'intérêt et des valeurs. Le rôle du spéculateur dans le marché des contrats à terme ne doit cependant pas être ignoré : il est important car il offre une source de liquidité immédiate qui maintient l'activité du marché.